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Homélie prononcée
par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,
à la messe de Noël, 25 décembre 2011.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.
Frères et Fils très aimés,
L'Ange du Seigneur apparut aux bergers et leur dit :
« Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une grande joie, (...). Aujourd'hui, dans la cité de David, un Sauveur vous est né, qui est le Christ-Seigneur. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. »
Dieu, dans sa sagesse éternelle, a pensé que le temps était venu de réaliser la promesse qu'il avait faite aux Patriarches, et régulièrement renouvelée, de venir sauver les hommes de l'esclavage du péché.
Aussi, en ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par son Fils :
« Fils unique de Dieu né du Père avant tous les siècles, resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance.»
Mais ce Fils, envoyé par le Père pour sauver ce qui était perdu, nul ne peut voir sa face car il est Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père et par qui tout a été créé.
Le Seigneur Dieu avait dit à Moïse :
« Voici une place près de moi. Tu te tiendras sur le rocher et, quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher et je t'abriterai de ma main durant mon passage. Puis j'écarterai ma main et tu me verras de dos ; mais ma face, on ne peut la voir sans mourir. »
Et cela demeure toujours vrai.
Le Fils venait à nous plein de grâces et de vérité mais nous n'aurions pu le voir tant il y a un abîme entre la pureté de Dieu et nos capacités humaines.
Aussi nous a-t-il donné un signe, celui d'un nouveau-né, né de la Vierge Marie par l'action du Saint Esprit.
Souvent le Seigneur avait dit par ses prophètes :
« Je leur donnerai un signe ».
Plus de sept cents ans avant l'événement, Isaïe avait déjà révélé quel serait ce signe que donnerait le Seigneur lui-même au temps marqué :
« Voici, la Vierge est enceinte et va enfanter un fils qu'elle appellera Emmanuel. »
Et le même prophète commentera :
« Ce jour-là, la racine de Jessé se dressera comme un signe pour les peuples. »
Et tout de suite les bergers sont invités à venir contempler le signe du Sauveur, le Christ Seigneur.
Il était vraiment visible , touchable.
Là, dans la crèche, on l'entendait, on le voyait dormir, ou téter, ou sourire.
Ce n'était pas une impression, c'était réel.
Il est le Christ-Seigneur avait dit l'Ange, c'est-à-dire l'oint du Seigneur.
Comme une huile pénètre un corps poreux de façon que tous deux ne fassent plus qu'une seule chose, huile 'et' corps poreux gardant pourtant chacun sa propre nature.
De même la divinité a imprégné l'humanité : toutes deux demeureront de nature distincte mais unies dans la personne unique de Jésus, le Christ du Seigneur, vrai Dieu et vrai homme.
C'est humanité devient le signe de la divinité.
Quand les bergers voient l'Enfant, ils contemplent le vrai et unique fils de Dieu mais ne voient que son humanité, sa divinité restant invisible aux yeux de la chair. Par contre, aidés de la grâce, ils font un acte de foi et croient que ce bébé tout juste né de Marie est éternellement né de Dieu, et ils l'adorent.
L'humanité de Jésus est ce qui permet d'appréhender sa divinité, elle est le signe de sa divinité.
« Un signe, dit Saint-Augustin, est une chose qui, en plus de l'impression qu'elle produit sur le sens, fait venir, d'elle-même, une autre idée à la pensée. »
Toute la vie et les actions de Jésus vont être, à différents niveaux, des signes. Huit jours après sa naissance, le vieillard Siméon, recevant l'enfant dans ses bras dira :
« Il doit être en butte à la contradiction »
Plus tard, les miracles de Jésus seront aussi des signes de sa divinité.
« Comment un pêcheur pourrait-il accomplir de tels signes ? »
dira l'aveugle né après sa guérison.
A contrario, le Seigneur se plaindra que ces signes ne soient pas décryptés :
«Vous me cherchez, non par ce que vous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé tout votre saoul ».
et l'un des motifs de sa condamnation sera :
« Cet homme accompli beaucoup de signes se diront grands prêtres et pharisiens. Si nous le laissons faire tous croirons en Lui …..»
Sa mort, elle-même, sera signe.
À ceux qui lui demandent un signe, il répond :
« Vous réclamez un signe, et de signe il ne vous sera donné que celui de Jonas. »
Et l'apôtre Saint-Jean conclura son Évangile par ces mots :
« Jésus a accompli (…) encore bien d'autres signes, qui ne sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et en croyant vous aurez la vie en son nom. »
Ainsi, des langes de sa nativité jusqu'au vinaigre de sa passion et au suaire de sa résurrection, tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. À travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé :
« qu'en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité ».
Son humanité apparaît ainsi comme le « sacrement », c'est-à-dire le signe et l'instrument de sa divinité et du salut qu'Il apporte : ce qu'il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.
À partir de ce signe qu'est ce nouveau-né enveloppé de langes se joue tout le mystère de la Révélation : Dieu qui se fait visible pour nous conduire aux réalités invisibles. Ainsi, avant de retourner vers son Père il pourra nous laisser ses sacrements, ces signes sensibles et efficaces de la grâce par lesquels nous est donnée la vie divine.
Dans un second cercle, l'Église prolongera les signes sacrés de Jésus au long de sa sainte liturgie qui nous parle de réalités surnaturelles, c'est-à-dire non atteignables par nos seules facultés naturelles. Ainsi dans notre vie chrétienne nous retrouvons tous les jours la marque de Noël. Bossuet pourra écrire :
« le Verbe, qui était au commencement dans le sein du Père a disposé comme trois degrés par lesquelles il est descendu jusqu'à nous :
- premièrement il s'est fait homme,
- secondement il s'est fait possible,
- troisièmement il s'est fait pauvre (…).
Or, s'il est descendu à nous c'est pour nous marquer les degrés par lesquels nous pouvons remonter à lui, tout l'ordre de sa descente fait celui de notre glorieuse élévation. »
Montons donc ces degrés donc parle Bossuet de manière à pouvoir devenir à notre tour des signes du Christ, en particulier lorsque nous célébrons les saints mystères. Comme nous le demande l'Église :
« La liturgie par laquelle s'exerce l'œuvre de notre rédemption, dit le concile, contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le ministère du Christ et la nature authentique la véritable Église. Car il appartient en propre à celle-ci d'être à la fois humaine et divine, visible et riche des réalités invisibles, servante dans l'action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. »
Il en résulte qu'en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin; ce qui est visible à l'invisible, ce qui relève de l'action, à la contemplation ; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons.
Au nom du Père,
et du Fils,
et du Saint Esprit. Amen.