H-Jeudi-Saint

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Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,
en la fête de la Nativité de Notre-Dame, 8 septembre 2011



Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Frères et Fils très aimés, et vous tout particulièrement qui allez émettre votre profession.

Aujourd'hui, nous fêtons la naissance dans le temps de Marie, la fille de Joachim et Anne.

En état de grâce depuis sa conception immaculée, commence pour elle aujourd'hui un noviciat, prélude à sa profession religieuse au jour de l'Annonciation.

Si la petite Sainte Vierge d'un jour va devenir, peu à peu, la « petite demoiselle », comme dira Bernadette, toujours sa vie restera :

« Sobrius, simplex et quietus.»

L’âme de cette enfant immaculée n'est pas soumise aux affrontements des passions.

- Attachée à Dieu, vivant de la vie divine, elle est sobre, équilibrée, toute de mesure, sans ces perturbations intérieures que la vie monastique met souvent beaucoup de temps à atténuer.
- Elle n'est pas non plus compliquée. Il n'y a pas en elle de dualité : je veux et je ne veux pas.
- Dieu est simple elle a hérité de Lui.
- En Marie tout est ordonné à la fin, celle que de toute éternité le Père a voulue pour elle.

Cette enfant est de mœurs, de comportement, de caractère, tranquille, candide, sans bruit.
Toutes ces puissances sont soumises à son âme sainte et immaculée.
Elle vit à l'heure présente, uniquement occupée d'accomplir la volonté du Seigneur et à l’aimer de tout son cœur.

Ce qui fait que ce temps préparatoire au don total d'elle-même pour le service divin est plein de ferveur :

- par toute sa vie Marie correspond parfaitement au jeu de la grâce d'en-haut ;
- ces années aussi sont riches en émerveillement devant les trésors d'amour et de miséricorde de Dieu pour l'humanité,
- mais aussi toute humble : elle vit sans défaillance sous le regard divin.

A l'approche de l'Annonciation, jour de sa profession, il n'y a pas de tension, ni de litanies a envoyer, ni d'annonce particulière. La vierge de Nazareth est aux choses qui plaisent à Dieu.
Relit-elle dans le prophète Isaïe le Livre de l'Emmanuel, comme aiment à le montrer les miniaturistes ?.
Ce qui est sûr, c'est qu'elle prépare la venue du Messie par l'exercice exclusif de la plus haute contemplation.
La sagesse dont elle est remplie l'oriente tout entière vers l'adhésion aux réalités invisibles qui dominent et commandent tout le jeu varié des causes secondes.
Aussi Notre-Dame se trouve-t-elle prête à tout comprendre selon Dieu à tout conquérir et gouverner, à entrer pleinement dans les desseins du Très-Haut, à dénouer tous les problèmes.

« Bienheureuse celle qui a cru à ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

Alors vint Gabriel, l'ange du Seigneur, envoyé par Dieu.
Il annonce à cette Vierge, au doux nom de Marie, qu'elle va devenir la mère de Jésus le Fils du Très-Haut à qui le Seigneur Dieu donnera le trône de David, son père, pour un règne qui n'aura point de fin.
En d'autres termes, l'Ange lui dit :

« Le Seigneur Dieu vous demande de lui consacrer votre vie.
Vous le porterez en vous,
vous lui donnerez la vie,
vous le ferez grandir,
vous souffrirez avec lui,
vous l'offrirez à son Père,
dans la nuit vous espérerez en sa résurrection,
puis il ira vous préparer une place au ciel »

Et Marie, forte de sa foi inaltérée, engageant seule toute sa liberté, dit :

«FIAT, je suis la servante du Seigneur, je suis la première religieuse de Dieu, je lui consacre ma vie :
-dans l'Obéissance, et à l'instant même où je dis «FIAT » le Verbe de Dieu en obéissant lui-même au Père, s'incarne en moi.
-dans la Pauvreté riche de la vie divine que je porte en moi tout le reste ne m'est plus que misère.
-dans la Virginité je ne suis éprise que de la beauté de Dieu. Il n'y a que lui qui soit vraiment digne d'être aimé,
-mais aussi dans la Stabilité, fixé que je suis dans cet amour préférentiel pour le Christ.
Prenez donc comme vous l'entendez,
disposez de moi comme bon vous semble
vous savez que depuis longtemps je ne m'appartiens plus,
je suis la servante du Seigneur.
C'est là toute ma raison d'être et ma seule occupation.

Le bienheureux Jean Paul II disait :

« Marie est l'exemple sublime de consécration parfaite, par sa pleine appartenance à Dieu et par le don total d'elle-même.
Choisie par le Seigneur, qui a voulu accomplir en elle le mystère de l'Incarnation, elle rappelle aux consacrés la primauté de l'initiative de Dieu.
En même temps, ayant donné son assentiment à la parole divine qui s'est faite chair en elle, Marie se situe comme le modèle de l'accueil de la grâce par la créature humaine.

Le moine qui fait profession, qui s'engage de façon perpétuelle et solennelle devant Dieu et devant les hommes à marcher à la suite du Christ sans condition et à le servir assidûment, le fait à l'école de Marie.

« En elle, sanctuaire du Saint-Esprit, brille toute la splendeur de la créature nouvelle.
La vie consacrée la considère comme un modèle sublime de consécration au Père, d'union avec son Fils et de docilité à l'Esprit, dans la conscience qu'embrasser le genre de vie virginal et pauvre du Christ signifie faire sien également le genre de vie de Marie. »

Jésus, du haut de la Croix, avait dit au disciple qu'il aimait :

« Voici ta Mère. »

Et à partir de ce moment il la prit chez lui.
Pour ceux qui ont consacré leur vie au Christ ces paroles ont une profondeur particulière.
Comme Jean, ils aiment à prendre avec eux la Très Sainte Vierge Marie, à l'aimer, a l'imiter avec la radicalité propre à leur vocation, faisant en retour l'expérience d'une tendresse maternelle spéciale.
La Vierge leur communique cet amour qui leur permet d'offrir chaque jour leur vie pour le Christ, en coopérant avec Lui pour le salut du monde.

Au nom du Père,
et du Fils,
et du Saint Esprit. Amen.