Pentecôte

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Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,
le Dimanche de la Pentecôte, 12 juin 2011



Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Frères et Fils très aimés,

La lecture du chapitre second des Actes des Apôtres nous a fait assister à la venue du Saint Esprit, le cinquantième jour après Pâques, au Cénacle.
Les Douze, avec Marie Mère de Jésus et les frères de Jésus reçurent avec profusion le don de l'Esprit Saint.
Plus tard, ce ne sont pas seulement des juifs, mais aussi les samaritains et des païens qui le recevront.
Ainsi  grandit l'église selon ce qu'avait dit Jésus avant son Ascension.

La veille de sa Passion, il avait annoncé cette effusion de l'Esprit Saint.
La Vierge Marie n'était pas alors présente au Cénacle avec les Apôtres, mais Jean lui rapporta le discours de Jésus, comme il le fera dans son Évangile, au chapitre quatorzième que nous venons d'entendre.

Sur le point de quitter les Apôtres, Jésus les console en les assurant de son amour et de celui de son Père ; ce qui l'amène à parler de l'Esprit Saint, qui est l'amour du Père et du Fils.

"Si quelqu'un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure."

Non seulement Jésus reviendra mais, de par l'unité de nature entre Lui et le Père, ces deux Personnes divines viendront faire en cette âme leur demeure; ce qui dit la stabilité de cette présence et l'intimité de cette union.
La venue du Père et du Fils se fait dans l'Amour personnel, l'Esprit Saint, dont la présence est inséparable de la leur.

Jésus avait déjà promis aux Apôtres la présence intime et durable en eux de cet Esprit.

"Le Père vous donnera un autre Paraclet, l'Esprit de Vérité."

"Paraclet"est un mot grec qu'on peut traduire par "avocat" : c’est-à-dire un assistant, un défenseur, un consolateur.

« Vous le connaissez, dit Jésus, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il est en vous. »

On distingue aussi l'assistance à l'Église :

« il demeure auprès de vous ».

et sa présence intime au coeur de chacun de nous :

« il est en vous. »

Le verbe « demeurer », cher à Saint-Jean, caractérise la vie contemplative :
- qui nous fait demeurer de façon stable en la présence et au contact de Dieu ;
- elle nous fait aimer ce qui demeure en vérité ;
- enfin elle demeure au ciel: de même que la charité, elle ne passe pas.

Comme toute amitié, la charité implique un désir d'union, poussant à prolonger et même à perpétuer le contact avec l'ami.
Or le Christ est le plus fidèle, le plus délicat des amis ; son désir de s'unir à nous, qu'il daigne appeler ses amis, est si vif qu'il a voulu assurer la continuité des échanges d'amitié en établissant sa demeure en notre âme avec le Père et l'Esprit Saint.

Et ce même désir d'union a inspiré l'Eucharistie, autre merveille de l'amour prévenant et miséricordieux :

«Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.»

C'est dans ce même Cénacle, à la veille de sa Passion, qu'il nous a préparé ces demeures complémentaires : la demeure eucharistique et la demeure mystique anticipant l'intimité de la demeure éternelle.

Ne pouvant rester indifférents à la présence en nous des trois personnes divines, nous devons consacrer nos efforts au contacts d'amitié avec elle dans la vie contemplative.

« Les moines sont des contemplatifs, leur vie entière doit s'organiser en fonction de la contemplation, qui est adhésion à Dieu dans la foi, l'espérance et la charité. Un monastère bénédictin est une maison de prière ou l'Office divin tient la première place, notre contemplation culminant dans la célébration eucharistique. »

L'enseignement de Jésus touche à sa fin, mais il a désigné celui qui achèvera la formation de ses disciples.

« Le paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

Le rôle de l'Esprit n'est pas de communiquer les vérités nouvelles, mais de rappeler, d'illuminer les Vérités déjà proposées par le Christ et de montrer leurs richesses cachées.
L'esprit enseigne aux Apôtres, et à qui sait écouter sa voix silencieuse, les profondeurs des Écritures et les harmonies entre les diverses parties.
L'intelligence savoureuse de la parole de Dieu est moins le fruit de l'érudition que de l'intimité avec l'Esprit Saint.
Une telle intimité, nul ne l'a goûtée, après Marie, comme Jean qu'il a reçu pour Mère après avoir reposé sur le coeur de Jésus.

Jésus achève ce discours d'adieu (-notre Évangile-) sur un appel à la confiance et une invitation à la joie.

« Je vous laisse la paix; je vous donne la paix non pas comme le monde la donne."

En cette veille de la Passion, les disciples sont accablés de tristesse.
Jésus les rassure : La paix il leur donne est liée non à sa présence au monde, mais à sa victoire sur le monde.

« Que votre coeur ne se trouble ni ne craigne. »

Il s'agit de la crainte qui vient d'un manque de foi :

« Pourquoi craignez-vous, gens de peu de foi ? »

leur a-t-il dit et répété.
Une foi insuffisante peut conduire à la lâcheté et même à l'étang de feu dont sont menacées les lâches au dernier jour.

Le Bienheureux Jean Paul II inaugurera son règne en disant :

« n'ayez pas peur ! »

Sa vie est l'exemple d'une foi à déplacer les montagnes et d'un courage à toute épreuve.

« Si vous m'aimez, dit Jésus en parlant pour sa Passion, vous vous réjouirez de ce que je vais au Père. »

En telles circonstances les Apôtres pourraient s'étonner d'entendre parler de paix et de joie. Seule la Vierge Marie gardait, dans sa douleur, confiance et joie surnaturelles.

Quarante jours plus tard, la joie les Apôtres au départ du Maître prouvait leur amour : ils se réjouissaient de l’avoir vu aller au Père.

Aujourd'hui, c'est la joie de la Pentecôte : Jésus, d’auprès du Père, envoie le Paraclet, l'Esprit de Vérité qui procède du Père.
Il l’envoie sur l'Église entière et sur chacun de nous : sur l'Église entière, afin qu’« il demeure auprès de nous » ; sur chacun de nous afin qu'« il demeure en nous. »
Il nous fera aimer Dieu et rester fidèle à ses commandements .

Au nom du Père,
et du Fils,
et du Saint Esprit. Amen.