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Homélie prononcée

par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,

Abbé de Notre-Dame de Randol,

en la solennité de la Pentecôte, 11 mai 2008

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Frères et fils très aimés,

Avant de quitter ses Apôtres pour monter au ciel, le Seigneur Jésus leur prescrit d’attendre à Jérusalem la promesse du Père, l’Esprit Saint. « Jean a baptisé dans l’eau ; ils seront baptisés, eux, dans l’Esprit Saint »[1] qu’annonçait le Discours après la Cène.[2] En se référant à Jean Baptiste, Jésus nous invite à contempler le mystère de la Pentecôte à la lumière du baptême qu’il reçut dans le Jourdain. « Vous allez recevoir, leur dit-il, une force, celle de l’Esprit Saint venant sur vous. Alors, vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »[3] Le livre des Actes des Apôtres est le récit de ce voyage de l’Eglise naissante, qui correspond à celui de Jésus ; son baptême ouvre sa mission en Galilée, ministère qui s’achève à Jérusalem ; le baptême des Apôtres dans l’Esprit et le feu ouvre leur mission qui commence à Jérusalem.

La première lecture de cette messe nous a montré les effets sensibles de cette force d’en-haut. Remplissant les Apôtres, elle fait d’eux les témoins de Jésus « non seulement en ce qu’ils ont vu, mais parce qu’ils le font voir… Devenu invisible, le Christ a besoin du témoignage de l’homme pour pouvoir encore parler, à travers l’homme, et se rendre visible au monde dans la communauté qui vit de son Esprit ».[4]

Trois ans plus tôt, Jean parut près du Jourdain, disant : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ».[5] A ceux qui venaient se faire baptiser en confessant leurs péchés, il dit : « Je vous baptise dans l’eau pour la conversion ; celui dont je suis le Précurseur vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ».[6] Jésus, comme s’il était un pénitent parmi d’autres, demande à Jean de le baptiser : « C’est ainsi qu’il nous faut accomplir toute justice »[7], c’est-à-dire le plan de Dieu pour le salut du monde. Ce baptême entraîne une théophanie trinitaire dont Jean est le témoin : il voit les cieux s’ouvrir et l’Esprit descendre comme une colombe sur Jésus ; et, des cieux, une voix dit : « C’est mon Fils bien-aimé, en lui je me complais ».[8] Le Fils de Dieu au sens strict est le Serviteur souffrant de l’oracle d’Isaïe, qui commence ainsi : « Voici mon serviteur en qui je me complais ».[9] Il est « l’Agneau qui ôte le péché du monde »[10]. Cette vision prophétique éclaire le Baptiste, qui peut rendre à Jésus ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre sur lui… Celui qui m’envoie m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint ».[11] Or, dans la Bible, la colombe n’est pas le symbole de l’Esprit Saint, mais du peuple élu.[12] Dans le Cantique des Cantiques, « ma colombe, ma parfaite » désigne l’Epouse du Seigneur, le peuple tel qu’il doit être une fois l’Alliance restaurée. Si donc, lors du baptême de Jésus, le Saint Esprit se manifeste sous la forme d’une colombe, c’est pour signifier que l’action conjointe du Fils et de l’Esprit Saint fera apparaître la colombe, le peuple de Dieu de la nouvelle Alliance. Si la colombe, symbole de la communauté messianique, peut, dans la théophanie baptismale, symboliser la manifestation de l’Esprit, c’est que cette communauté n’est l’Epouse du Christ qu’en tant qu’habitée en permanence par l’Esprit Saint, qui est descendu sur elle pour en faire l’Epouse du Seigneur.[13]

Accompagné d’une irruption de l’Esprit Saint, le baptême de Jésus annonça le baptême dans l’Esprit que nous fêtons aujourd’hui ; avec la naissance de l’Eglise, deux vérités nous sont révélées sur son être le plus profond : elle est l’Epouse du Christ et le Temple de l’Esprit Saint.[14]

C’est vrai aussi de la Vierge Marie. Temple du Saint Esprit et Epouse de Notre Seigneur, Marie l’est plus encore que l’Eglise, et avant elle. Au Cénacle aujourd’hui, c’est la même grâce qui se prolonge, la venue de l’Esprit Saint, signifiée par les mêmes paroles d’en-haut :

-         « L’Esprit Saint viendra sur toi », disait l’ange, annonçant la naissance du Christ.[15]

-         « L’Esprit Saint viendra sur vous », dit le Christ, annonçant la naissance de l’Eglise.[16]

Il convenait donc que Marie présidât la prière des Apôtres se préparant, depuis l’Ascension du Fils, à recevoir la promesse du Père.[17]

L’Esprit Saint conclut la Sainte Ecriture – son œuvre – en inspirant à Jean l’Evangéliste ce duo d’amour entre l’Epoux et l’Epouse, dialogue où il intervient avec et dans l’Epouse.

L’Epouse dit : « Viens ! », et chacun qui écoute ce que l’Esprit dit à l’Eglise dit : « Viens ! »[18]

L’Epoux répond : « Oui, mon retour est proche ! »

- « Oh oui, viens, Seigneur Jésus ! »[19]

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen. Alléluia.



[1] Actes 1,4-5.

[2] Jean 14,16 et 26 ; 15,26 ; 16,7 et 13.

[3] Actes 1,8.

[4] Divo Barsotti, Les Actes des Apôtres, p. 45 et 47.

[5] Matthieu 3,2.

[6] Matthieu 3,11.

[7] Matthieu 3,15.

[8] Matthieu 3,16-17.

[9] Isaïe 42,1.

[10] Jean 1,29 et 35

[11] Jean 1,32-33. Cf. Feuillet, Nova et Vetera 1986, p. 136 et 115.

[12] Osée 11 ; Ps 67,14 ; Ps 73,19 ; Cant. 2,14 ; 5,2 et 6,9.

[13] Feuillet, Ibidem, p. 127-128.

[14] Ibidem, p.137.

[15] Luc 1,35.

[16] Acte 1,8. Cf. Laurentin, Marie, clef du mystère chrétien, p.34.

[17] Actes 1,14. Cf. Journet, L’Eglise du Verbe Incarné, tome II, p. 426.

[18] Apocalypse 22,17.

[19] Apocalypse 22,20.